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Glutamine et foie : rôle réel, études et précautions

Rôle de la glutamine dans le foie, ce que montrent vraiment les études, pourquoi l'éviter en cas de maladie du foie et quelles doses sont sûres.

Publié le 23 octobre 2024
Mis à jour le 28 septembre 2026
9min de lecture

La glutamine est l'acide aminé le plus abondant du corps. Le foie la fabrique, la consomme et s'en sert pour gérer l'ammoniac, un déchet de la digestion des protéines. C'est un acide aminé clé pour le travail du foie, et un complément courant chez les sportifs. Chez l'humain, les études sur son effet propre sur le foie restent limitées : aucune allégation de santé n'est autorisée pour la glutamine dans l'Union européenne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n'ayant pas retenu à ce jour les effets proposés1, 2, 3.

Cet article explique le rôle de la glutamine dans le foie, ce que montrent les études, comment l'utiliser en complément quand on fait du sport, et pourquoi elle est déconseillée en cas de maladie du foie.

Qu'est-ce que la glutamine ?

La glutamine est un acide aminé que l'organisme sait fabriquer, surtout dans les muscles et le foie. Elle représente environ 8 % des acides aminés des protéines et transporte l'azote d'un organe à l'autre. On la dit « non essentielle » : en temps normal, l'alimentation et la production du corps suffisent. Une ration de 80 g de protéines variées en apporte à elle seule environ 10 g4.

Lors d'une maladie grave, d'un traumatisme ou d'une infection sévère, les besoins peuvent dépasser la production. La glutamine devient alors « conditionnellement essentielle »1. Cette notion concerne surtout des patients hospitalisés ; chez le sportif en bonne santé, l'alimentation couvre l'essentiel des besoins et le complément sert d'appoint.

Où la trouver ? Dans tous les aliments riches en protéines : viande, poisson, œufs, produits laitiers, légumineuses. Une étude menée auprès de plus de 70 000 infirmières américaines estime l'apport moyen à 6,8 g par jour ; la glutamine y représente environ 4,8 % des protéines de la viande5. Notre article sur les aliments les plus riches en glutamine détaille les meilleures sources.

Quel est le rôle de la glutamine dans le foie ?

Le foie joue un rôle central dans le traitement de l'ammoniac, qui est toxique pour le cerveau à forte dose. Il s'organise en deux équipes de cellules6 :

  • À l'entrée du sang dans le foie, des cellules transforment l'ammoniac en urée, éliminée ensuite dans les urines. Une enzyme, la glutaminase, y découpe la glutamine pour libérer de l'ammoniac et alimenter cette usine à urée.
  • À la sortie, un petit groupe de cellules capte l'ammoniac qui a échappé au premier passage. Grâce à une autre enzyme, la glutamine synthétase, elles le fixent sous forme de glutamine. Les chercheurs les appellent des cellules « éboueuses ».

La glutamine est donc à la fois un produit et une matière première du foie. Elle sert de forme de transport, moins toxique, pour l'azote. C'est le foie qui pilote l'ensemble, en fabriquant ou en consommant de la glutamine selon les besoins : elle est l'un des outils de son travail d'élimination de l'ammoniac.

Un complément de glutamine protège-t-il le foie ?

Les résultats les plus encourageants viennent de la souris. Dans deux études allemandes, des souris nourries avec un régime riche en graisses et en fructose développaient une stéatose hépatique inflammatoire (la maladie du « foie gras »). Celles qui recevaient de la glutamine ajoutée à leur alimentation avaient des lésions du foie moins marquées, en prévention comme en cours de maladie7, 8. Ces résultats, obtenus chez l'animal avec 2,1 g par kilo de poids, restent à confirmer chez l'humain.

Chez l'humain, les données sont encore limitées. L'EFSA a examiné les effets proposés pour la glutamine (immunité, intestin, masse musculaire, récupération, mémoire) et n'a pas établi de lien de cause à effet2, 3. C'est pourquoi un complément de glutamine ne peut pas mettre en avant d'effet sur le foie.

Les recommandations européennes de nutrition dans les maladies du foie (ESPEN, 2019) privilégient d'ailleurs l'alimentation plutôt qu'un complément de glutamine. Pour la stéatose chez une personne en surpoids, elles misent sur une perte de 7 à 10 % du poids et une alimentation de type méditerranéen. Pour la cirrhose, elles insistent au contraire sur des apports suffisants en protéines, environ 1,2 g par kilo et par jour, sans les restreindre9.

Si vous cherchez un complément pour le foie, notre guide des plantes pour le foie fait le point sur les options comme le chardon-Marie, tout comme nos articles sur le TUDCA et le pissenlit. Côté nutriments, la choline est la seule à disposer d'une allégation autorisée pour le foie : elle contribue au maintien d'une fonction hépatique normale.

Pourquoi la glutamine est-elle déconseillée en cas de maladie du foie ?

Parce qu'un foie malade traite mal l'ammoniac, et que la glutamine en produit. Quand l'organisme utilise la glutamine, il en libère de l'ammoniac. Chez une personne en bonne santé, le foie élimine cet excédent sans difficulté. Quand il est défaillant, il n'y parvient plus4.

C'est si net que des équipes d'hépatologie utilisent la glutamine comme test pour faire monter l'ammoniac. Dans une étude italienne, 12 patients atteints de cirrhose ont bu 20 g de glutamine : leur taux d'ammoniac dans le sang est passé en moyenne de 79 à 211 µg/dl en une heure, alors qu'il ne bougeait pas avec un placebo. Une équipe espagnole a suivi 238 patients atteints de cirrhose jusqu'à six ans : ceux qui avaient à la fois un ammoniac élevé au départ et une forte hausse après ce test avaient un risque environ 4,7 fois plus élevé d'encéphalopathie hépatique, une atteinte du cerveau liée à l'excès d'ammoniac10, 11.

Maladie du foie : pas de glutamine sans avis médical

Stéatose, hépatite, cirrhose : ne prenez pas de complément de glutamine sans l'accord de votre hépatologue. Chez les patients de réanimation, les recommandations européennes excluent la glutamine par perfusion en cas d'insuffisance du foie ou des reins, car un foie défaillant élimine mal l'ammoniac qu'elle produit4.

En réanimation aussi, la prudence s'impose. Dans un grand essai mené chez 1 223 patients de réanimation atteints de défaillance de plusieurs organes, la glutamine, donnée par perfusion et par sonde, n'a rien amélioré. La mortalité à l'hôpital et à six mois était même plus élevée dans le groupe qui en recevait. Hors brûlures étendues et traumatismes graves, ces recommandations déconseillent désormais d'en ajouter aux patients de réanimation4, 12.

Glutamine, intestin et foie : quel lien ?

La glutamine sert de carburant aux cellules qui se renouvellent vite, comme celles de la paroi de l'intestin et certaines cellules immunitaires1, 4. D'où l'idée qu'elle renforcerait la barrière intestinale et limiterait le passage de substances indésirables vers le foie.

L'EFSA a étudié cette piste. Pour l'instant, les données disponibles (études sur le rat, en laboratoire et deux études chez des malades) ne permettent pas d'établir un effet sur la perméabilité intestinale chez une personne en bonne santé. Même conclusion pour l'immunité2. Pour aller plus loin, lisez notre article sur les effets de la glutamine sur les intestins.

Sportifs : la glutamine en complément, pour qui et à quelle dose ?

Un effort long et intense fait baisser le taux de glutamine dans le sang. Une revue de l'université de Loughborough indique qu'un complément permet de maintenir ce taux, même si cela ne suffit pas à empêcher les changements de plusieurs marqueurs immunitaires après l'effort. Pour les autres raisons avancées (immunité, reconstitution du glycogène, effet anti-catabolique), les données restent limitées chez des personnes en bonne santé et bien nourries. Pour la masse musculaire, l'EFSA rattache l'effet au rôle déjà connu des protéines plutôt qu'à la glutamine seule : d'où l'intérêt de veiller d'abord à vos apports en protéines, qui contribuent à l'augmentation et au maintien de la masse musculaire3, 13.

Côté sécurité, chez l'adulte en bonne santé :

  • une évaluation des risques publiée en 2008 fixe à 14 g par jour la dose en complément pour laquelle l'absence d'effet indésirable est bien documentée. Des doses plus élevées ont été testées sans problème, mais les données manquent pour conclure à leur innocuité sur le long terme14 ;
  • des prises ponctuelles de 20 à 30 g n'ont pas montré d'effet néfaste, et une étude sur des sportifs à 28 g par jour pendant 14 jours n'a pas relevé de problème13.

Si vous en prenez, par exemple pour compléter vos apports en période d'entraînement intense, restez sous la dose indiquée sur l'étiquette et sous ces 14 g par jour. Vous trouverez nos références dans le rayon glutamine en poudre et en gélules, dont la L-Glutamine Kyowa Quality de Dynveo (3,8 g de L-glutamine par cuillère doseuse).

Qui doit éviter les compléments de glutamine ?

À éviter sans avis médical

  • Maladie du foie, en particulier cirrhose ou antécédent d'encéphalopathie hépatique : la glutamine fait monter l'ammoniac10, 11.
  • Insuffisance rénale : c'est, avec l'insuffisance hépatique, la situation où les recommandations de réanimation l'excluent4.
  • Maladie grave ou hospitalisation : c'est à l'équipe médicale de décider12.
  • Grossesse, allaitement, enfants et adolescents : les seuils de sécurité connus ne concernent que l'adulte en bonne santé14.
  • Traitement en cours, notamment contre un cancer : parlez-en d'abord à votre médecin ou à votre pharmacien.

En pratique : que retenir pour votre foie ?

La glutamine est un maillon important du travail du foie. Une alimentation qui apporte assez de protéines en fournit déjà plusieurs grammes par jour. Pour un sportif en bonne santé, un complément est une option simple, à dose raisonnable, en plus d'une alimentation riche en protéines ; ses effets propres sur le foie restent à étudier chez l'humain. En cas de maladie du foie, c'est l'inverse : la glutamine peut aggraver l'excès d'ammoniac, et elle ne doit être prise que sur avis médical. Pour prendre soin de votre foie, les leviers reconnus restent le contrôle du poids, une alimentation de type méditerranéen et l'activité physique, avec le suivi de votre médecin9.

  1. Glutamine: Metabolism and Immune Function, Supplementation and Clinical Translation (Cruzat et al., Nutrients, 2018)
  2. Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to glutamine and immune health and integrity of the intestinal lining and normal intestinal permeability (EFSA, 2009)
  3. Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to L-glutamine: muscle, glycogen, neurological function, gut, immunity (EFSA, 2011)
  4. ESPEN guideline on clinical nutrition in the intensive care unit (Singer et al., ESPEN, 2019)
  5. Evaluation of a novel food composition database that includes glutamine and other amino acids derived from gene sequencing data (Lenders et al., Eur J Clin Nutr, 2009)
  6. Liver glutamine metabolism (Häussinger, JPEN J Parenter Enteral Nutr, 1990)
  7. Oral Glutamine Supplementation Protects Female Mice from Nonalcoholic Steatohepatitis (Sellmann et al., J Nutr, 2015)
  8. Oral Supplementation of Glutamine Attenuates the Progression of Nonalcoholic Steatohepatitis in C57BL/6J Mice (Sellmann et al., J Nutr, 2017)
  9. ESPEN guideline on clinical nutrition in liver disease (Plauth et al., ESPEN, 2019)
  10. Effect of blood ammonia elevation following oral glutamine load on the psychometric performance of cirrhotic patients (Masini et al., Metab Brain Dis, 2003)
  11. Oral glutamine challenge is a marker of altered ammonia metabolism and predicts the risk of hepatic encephalopathy (Ampuero et al., Liver Int, 2020)
  12. A randomized trial of glutamine and antioxidants in critically ill patients (Heyland et al., N Engl J Med, 2013)
  13. Dosing and efficacy of glutamine supplementation in human exercise and sport training (Gleeson, J Nutr, 2008)
  14. Risk assessment for the amino acids taurine, L-glutamine and L-arginine (Shao, Hathcock, Regul Toxicol Pharmacol, 2008)

Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un professionnel de santé. Demandez conseil avant toute supplémentation si vous êtes enceinte, allaitez, suivez un traitement ou avez une pathologie.

Questions fréquentes

Le foie fabrique et utilise la glutamine pour gérer l'ammoniac, mais aucune étude chez l'humain ne montre qu'un complément protège ou régénère le foie. Les résultats positifs viennent d'études sur la souris. Aucune allégation de santé n'est autorisée pour la glutamine dans l'Union européenne.

Pas sans l'accord de votre hépatologue. Chez les personnes atteintes de cirrhose, la glutamine fait monter le taux d'ammoniac dans le sang, au point d'être utilisée comme test pour repérer le risque d'encéphalopathie hépatique. Les recommandations européennes de nutrition dans les maladies du foie ne prévoient aucun complément de glutamine.

Non. C'est le foie qui transforme l'ammoniac en urée ou le fixe sous forme de glutamine. La glutamine est un maillon de ce travail, pas un produit qui « nettoie » le foie.

Chez l'adulte en bonne santé, l'absence d'effet indésirable est bien documentée jusqu'à 14 g par jour en complément. Des doses plus élevées ont été testées ponctuellement sans problème, mais les données manquent sur le long terme. Respectez la dose indiquée sur l'étiquette.

Tous les aliments riches en protéines : viande, poisson, œufs, produits laitiers, légumineuses. Environ 80 g de protéines variées apportent près de 10 g de glutamine.